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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 15:47

stele-113.jpg             

 

 

 

 

 

                                                                                      

Comme sur toutes les bornes Moreau-Vauthier est

gravé dans celle de la cité: "ici fut repoussé l'envahisseur".

Mais peut-être serait-il plus exact d'y voir figurer: " ici fut remportée la première bataille du rail qui permit de repousser l'envahisseur."

 

 

 

 

 

 

La présence au cœur de la cité d’une stèle censée borner le front initial de la reconquête de l’été 1918 n’est incongrue, disais-je dans mon précédent billet, que si l’on considère la reconquête sous le seul angle des combats armés conformément à l’esprit originel des bornes Moreau-Vauthier. Mais ce serait faire là l’impasse sur la logistique de la reconquête ; une véritable bataille au cœur de la bataille. Pire : un obstacle rédhibitoire que le génie militaire s’est révélé être incapable de franchir dans les conditions requises par une situation dont Rémi Baudouï, historien et urbaniste, dresse l’état des lieux dans un ouvrage intitulé Raoul Dautry, le technocrate de la République.

L’évolution du front telle que nous la décrivons dans notre précédent billet montre en l’occurrence que la percée allemande impulsée le 21 mars 1918 entre Saint-Quentin et Montdidier place le nœud ferroviaire amiénois sous le joug de l’artillerie ennemie.

Qui plus est, la ligne Montdidier-Amiens est sous le contrôle des Allemands qui tiennent également à portée de canons la ligne Clermont-Amiens.

Les alliés viennent tout simplement de perdre en ce printemps 1918 leurs voies de circulation de masse entre le Nord et le Sud de la Somme. " Le chemin de fer ne desservant plus le front, les hommes sont débarqués loin des lignes, qu’ils rejoignent, sac au dos, au terme de marches forcées de dizaines de kilomètres " note Rémi Baudouï qui résume la situation en une phrase qui résonne comme le clairon du repli général : toute velléité de reconquête ne serait dans ces conditions que vaine spéculation.

L’état major allié s’en ouvre dès le début avril aux autorités françaises qui confient à la compagnie des chemins de fer du Nord une étude de faisabilité dont le verdict est sans appel : seule la construction d’une ligne à double voie à l’Ouest d’Amiens, est de nature à rétablir la capacité de circulation requise par la situation entre le Nord de l’Oise et le Nord de la Somme.

Le verdict du génie militaire est lui aussi sans appel : une telle nouvelle ligne ne saurait être opérationnelle dans le meilleur des cas avant dix-huit mois.

Général en chef des armées alliées en France, Foch ne peut se résigner à une telle perspective.

Les Allemands sont à Château Thierry et la route pour Paris n’est plus très longue. Cette nouvelle ligne, il la lui faut sous trois mois !

On fait alors appel à un jeune ingénieur de la voie du réseau Nord : Raoul Dautry.

Il n’est âgé que de 38 ans mais sa réputation le précède. Chargé depuis le printemps 1916 d’assurer auprès des militaires l’appuis logistique et technique des voies, il brille par son efficacité ; par son sens de l’organisation et du devoir surtout, qui le conduit à démonter ici des voies de moindre importance pour les reconstruire là où leur intérêt est capital.

" La voie sera prête dans cent jours "  aurait-il annoncé à Foch.

 

Une victoire peut en cacher une autre

 

Promu ingénieur principal de la voie le 1er mai 1918, Raoul Dautry livrera effectivement cette voie nouvelle que le génie militaire ne pouvait imaginer réaliser en moins de dix-huit mois le 1er août. Juste à temps pour alimenter la contre offensive victorieuse de la reconquête qui, hors de cette liaison de masse entre la ligne du littoral Boulogne-Abbeville et la ligne Abancourt-Saint-Omer-en Chaussée, eut suivi un tout autre cours.

Vingt-cinq ans avant la Résistance face au Nazisme, Raoul Dautry vient de livrer, et de remporter, la première bataille du rail. Et bien plus encore car les temps ne sont pas très loin où l’on envoyait la troupe pour déloger les cheminots en grève.

C’était il y a huit ans seulement, en 1910. La dégradation continuelle des salaires et des conditions de travail avait conduit les cheminots à la grève d’abord au sein du réseau Nord et particulièrement à Tergnier, puis de l’Ouest déjà sous contrôle de l’Etat. Une grève d’une semaine en octobre 1910 mais cette semaine là avait suffisamment marqué les esprits pour que la direction de la Compagnie du chemin de fer du Nord se demande, selon Rémi Baudouï, si son jeune inspecteur de la voie Raoul Dautry n’avait finalement pas un peu raison lorsqu’il prônait une organisation du travail indissociable de l’organisation sociale des travailleurs.

Et ce sont ces travailleurs-là qui, huit ans après essuyé l’assaut de la troupe, volent sans compter et sans faiblesse au secours de la Nation en cet été 1918.

Cent jours durant, les cheminots ont travaillé sans relâche, sept jours sur sept et de jour comme de nuit aux côtés des poilus du régiment des chemins de fer ?

Raoul Dautry lui-même ne s’est pas exempté de ce régime de forçat. " Excepté une courte escapade à Libourne le 8 juillet 1918, pour le mariage de Jacques Heugel dont il est le témoin, Dautry ne s’arrête jamais " précise Rémi Baudouï.

La précision ne serait qu’anecdotique si elle ne témoignait pas au passage de la transposition, plus tard, de l’univers de Dautry dans la cité des cheminots de Tergnier où Madame Heugel – la mère de son ami Jacques – est dès l’origine omniprésente.

Bref, Dautry ne vient pas seulement de remporter la première bataille du rail ; il remporte également celle de sa conception d’une organisation du travail fondée sur une fédération des Hommes autour de leur travail, en rupture avec une conception déshumanisée de la main d’œuvre.

La borne Moreau-Vauthier implantée au cœur d’une cité cheminote qui est la première traduction concrète de cette nouvelle conception de l’organisation du travail, pourrait bien n’être dans ces conditions que le pendant collectif de la reconnaissance individuelle manifestée par la Nation à Raoul Dautry lorsque, inaugurant la voie des cent jours le 15 août 1918, le président du conseil lui remit à titre exceptionnel et militaire les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.

On comprendra dès lors que, bien plus que la mémoire des " agents SNCF de la région ternoise tués par faits de guerre " tel que le stipule la plaque de la gare, c’est celle des pionniers de la communauté cheminote reconnue comme telle avec sa culture, sa discipline et ses codes que l’Amicale des Cheminots honore chaque premier week end de juillet à l’occasion de la fête de la cité.

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commentaires

DELAME 31/08/2010 17:47


sans faire de remarques désobligeantes mais les rédactions de textes sont un peu petites

a par ça félicitations aux auteurs

A +
JMD


Marc Delfolie 02/09/2010 06:36



Merci de votre intérêt.


Pour ce qui concerne la taille des caractères, il semble que cela dépende de celle de l'écran puisque moi-même, je n'éprouve pas les mêmes impressions en fonction de l'ordinateur sur lequel je
travaille (avec des écrans de formats différents). Un conseil donc, lorsque vous êtes sur la page du blog, appuyer simultanément sur la touche Ctrl ( en bas à gauche de votre clavier) et sur la
touche + ( pour grossir) ou - ( pour diminuer) la taille de ce qui apparaît à l'écran.


Merci et à bientôt.


Marc Delfolie



MAHU DIDIER 30/07/2010 13:09


Merci MARC
Pour cette réponse . Je pense qu'il serait faisable de soit la protéger avec un produit quelconque? soit en faire un moulage et faire une copie et de mettre celle ci a l'abri ...
DIDIER


MAHU DIDIER 30/07/2010 12:28


Bonjour MARC
Dans cette condition 1° Il n'y aurait peut étre pas eu assez de place pour y Graver cette phase
2° Ses Bornes signalent des lieux pour la Mémoire et a mon avis il y aurait dut en avoir bien d'avantage sur toutes les Lignes de Front
Pour celle ci Nom donné pour le 113 RI Il serait grand temps de la restaurer Car depuis longtemps au fil des ans elle s'abime de plus en plus ( avis personnel )
DIDIER


Marc Delfolie 30/07/2010 12:37



Bonjour Didier,


Pour ce qui est de la longueur de la phrase, j'en conviens. Cela dit, je pense que les cheminots perçoivent - peut-être inconsciemment - l'hommage qui leur est rendus au travers de cette stèle
érigée au coeur de LEUR cité. Quant à l'urgence qu'il y a à la restaurer, je pense que cela ne fait pas de doute d'autant que, c'est là une particularité de la stèle de Quessy Cité: elle est en
bêton, ou en tout cas quelque chose qui s'en rapproche, alors que les autres ont été taillées dans des pierres de pays.


Bonne journée.Marc



L'histoire d'une Histoire

 

Vue aerienne

 

 

Ville-champignon érigée autour des rails, Tergnier est une ville que l'on croyait sans autre histoire que celle du chemin de fer et de ses destructions successives par les guerres jusqu'à ce que la curiosité de l'un de ses habitants, ancien épicier, mette à jour des richesses jusqu'alors insoupçonnées venues du fond des âges.  

Sautez dans «  le train en marche » et partager cette formidable aventure humaine aux confins du compagnonnage et de la franc-maçonnerie, dans des registres où se côtoient les applications les plus modernes de la sociologie et les plus anciens rites de fondation des villes, la psychologie et l'économie, l'Histoire officielle et l'actualité d'un passé qui interroge le présent....