Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 09:26

L’avènement du Christianisme aux dépens de l’antique paganisme ne se résume pas, tel que nous le précisions dans notre précédent billet, à la victoire ferme et définitive d’un Dieu fédérateur sur une multitude de divinités éparses.

La réalité est autrement plus subtile.

C’est bien une seule et même puissance créatrice supérieure « régulatrice du Cosmos » dont les cultures traditionnelles célèbrent la manifestation en toute chose, depuis le soleil qui renaît chaque matin jusqu’au cycle des saisons en passant par celui de la fécondation. Et c’est bien un Dieu incarnant à lui seul toutes les manifestations d’une puissance créatrice supérieure que le Christianisme romain «  officiel » tend à célébrer.

La nuance est dans l’effacement du caractère sacré des manifestations de la « puissance créatrice » au profit de celui de son incarnation dans la parole d’un prophète. Une nouvelle codification de nature conjoncturelle en quelque sorte des rapports de l’humain au divin.

Si rupture il y a dans ce glissement du caractère sacré, elle s'opère bien plus dans le champ cultuel que dans le champ culturel puisqu'elle n'affecte pas le concept même de puissance créatrice et par là la perception humaine du cosmos.

Par-delà le bouleversement historique majeur provoqué par le Christianisme, on constate dans ce contexte la permanence des codes et usages prêtés aux bâtisseurs, alors aux portes d’un nouvel âge d’or.

« Alors que le paganisme politique s’écroulait, la substance initiatique de l’ancien monde trouvait naturellement refuge dans les collèges d’Artisans » écrit à ce propos Christian Jacq.

 

Le temps des monastères

 

mont-cassin2Momentanément au moins, pour rester dans le droit fil de la deuxième question de l’égyptologue, les confréries de bâtisseurs se recentrent sur leurs fonctions originelles de constructeurs d’édifices au service d’une spiritualité qui, au grès des vicissitudes de la politique, trouve à s’exprimer diversement avec toutes les nuances imprimées par les enjeux de l’administration temporelle.

On comprendra dans ces conditions que bien des années se soient écoulées avant qu’elles accèdent de nouveau à la sérénité que leur avaient procurée l’Egypte ancienne et la Grèce antique.

Sur les terres du christianisme romain, c’est le pape Boniface IV qui la leur rend en leur concédant l’affranchissement.

Nous sommes en 614, trois siècles après la création en 315 par Pacôme, un moine égyptien, de la première communauté monacale.

Son principe fondateur a tout pour plaire aux communautés d’artisans appelés à la construction des abbayes et monastères à venir : les hommes qui croient en Dieu doivent apprendre à vivre ensemble au service de l’esprit.

La règle communautaire, écrit Christian Jacq, «  c’est avant tout l’humilité qui permet à chacun de recevoir un enseignement de l’autre et de lui en donner un à son tour. »

C’est d’abord la fondation par Saint-Martin en 372 de l’abbaye de Marmoutier, dans l’actuel Bas-Rhin.

Ce sera aussi celle, en 529 en Italie sur un ancien lieu de culte mithraique, du monastère du Mont Cassin  (photo ci-dessus) qui marque la naissance de l’ordre des Bénédictins. Mais auparavant, les communautés, qu’elles soient monacales où «  corporatives », auront à s’adapter à une autre convulsion de l’Histoire : les grandes invasions qui marquent durant le Ve siècle la décadence et au final la chute de l’empire romain d’occident.

Les commandes de grands chantiers sont les premières à souffrir de ce climat d’insécurité dans lequel nombre de bâtisseurs trouvent refuge au sein de l’empire romain d’orient à Byzance. Ils en ramèneront les influences caractéristiques de l’architecture des édifices construits en France durant les deux siècles suivants.

D’autres trouvent refuge en Irlande où les moines chrétiens exilés se rapprochent le plus naturellement du monde des Maçons couldéens successeurs des bâtisseurs romains.

Officiellement d’obédience chrétienne, ces Couldéens n’en demeurent pas moins profondément imprégnés de l’héritage celtique dont témoigne le mythique personnage du Maître d’œuvre Merlin l’enchanteur.

Dans la tourmente on le voit, les communautés monacales et de bâtisseurs s’ouvrent à de nouveaux horizons dans lesquels elles se rejoignent pour faire du haut Moyen Age l’âge d’or de la franc-Maçonnerie dite opérative.

C’est l’affranchissement des maçons, on l’a vu, par Boniface IV au VIIe siècle mais c’est aussi, au VIIIe siècle avec la « bénédiction »   de Charles Martel, l’émergence de l’abbé laïc, supérieur de monastère dont la seule reconnaissance de la fonction, hors du parcours ecclésiastique classique, témoigne d’une évolution sensible des rapports du religieux au communautaire et réciproquement.

 

De Charlemagne à Raoul Dautry

 

charlemagne 040Cette évolution atteindra son apogée avec le couronnement à l’aube du IXe siècle de Charlemagne qui, selon Christian Jacq, «  porte en lui l’idée d’un empire grandiose où l’art, la politique et la religion ne seront pas dissociés. »

Il s’appuiera en cela sur les monastère dont il attend «  des éducateurs, des architectes et des administrateurs. »

Pourquoi les monastères ? Parce que dès lors qu’elles s’installent dans leurs murs, les communautés monacales, dans l’attente de l’invention de l’imprimerie par Gutenberg vers 1440, deviennent aussi des communautés de copistes qui sont le moteur de la diffusion des connaissances (on pourra lire à ce sujet l’excellent Roman de la rose d’Umberto Eco.)

A l’image des prospères abbayes bénédictines qui sont pour les communautés d’artisans de véritables havres de paix, ces «  microsociétés » monacales abritent jalousement en leur sein une énorme masse de textes anciens relatifs à l’astrologie, à la médecine ou encore à l’architecture, dont se nourrissent les Maîtres d’œuvre.

De cette promiscuité des communautés monacales et d’artisans naît à l’aube du Xe siècle la première grande école de tailleurs de pierres du Mont Saint-Michel mais aussi l’abbaye de Cluny dont le symbolisme hérité de l’enseignement pythagoricien témoigne du caractère mutuel de l’ouverture spirituelle des religieux et des bâtisseurs.

S’ouvre alors l’âge d’or des cathédrales qui est aussi celui des confréries de métiers pour lesquelles le travail revêt un caractère sacré. La main selon elles, concrétise l’esprit par l’intermédiaire de l’outil.

Véritables catéchèses monumentales, les cathédrales créent l’image du monde tel que le rêve ce haut moyen âge dont Raoul Dautry se référera souvent à l’esprit pour esquisser le portrait de sa société modèle.

« Au travail les moyens de vivre ; à l’esprit les raisons de vivre ! » martelait-il.

Rappelons à ce sujet ce qu’il clamait en mars 1934 devant la société industrielle de Rouen, des relations de l’Homme et du travail, du travail et de la production et, au final, de l’impérieuse nécessité qu’il ressentait de veiller à une harmonieuse complémentarité de ces différents facteurs économiques. Cette harmonie ne pouvait être assurée selon lui que par une gestion rigoureuse de l’adaptation de chacun des facteurs aux besoins des autres.

« N’est-ce pas à vrai dire une solution retrouvée, rejoignant les principes qu’avait conçus le Moyen Age pour donner aux hommes les moyens de subsister, tout en fixant ailleurs que dans la production et la consommation leur idéal de vie ? » interrogeait-il.

Et d’évoquer la «  limitation du nombre de maîtres artisans et de leurs apprentis », la «  fréquente interdiction d’exporter de province à province, de travailler le soir aux lumières, et tant d’autres mesures rigoureuses qui nous faisaient naguère sourire et que nous ne pouvions réellement pas comprendre, il y a quarante ans (NDR : à la fin du XIXe siècle), quand deux ou trois nations européennes, dans l’euphorie de leur jeunesse industrielle, avaient pour débouchés les neuf dixièmes des terres habitées. Ces mesures, ces peut-être aujourd’hui seulement (NDR : en pleine crise des années trente) que nous pouvons en concevoir la valeur et le sens profondément humain. »

On savait du père de la Cité modèle de Tergnier qu’il nourrissait un intérêt particulier pour les cathédrales et leurs bâtisseurs ; on découvre qu’il se fondait également volontiers dans l’esprit de cet âge d’or.

Au passage, on mesure aussi à quel point la place des communautés de bâtisseurs dans leur époque, telle que l’interroge Christian Jacq dans son ouvrage consacré à la Franc-Maçonnerie, n’a pas suivi un long fleuve tranquille depuis l’Egypte antique jusque cet âge d’or. Or cet âge précisément, porte en lui, les germes de son propre déclin et le ferment des évolutions à venir au sein des communautés de bâtisseurs telles que les côtoiera Raoul Dautry.

C’est cette étape cruciale de notre voyage sur ses traces que nous franchirons dans notre prochain billet.

Par Marc Delfolie - Publié dans : Carnet de voyage - Communauté : Picardie
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 13:37

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Un millénaire avant les " mystères d'Eleusis" déjà, Pythagore prônait la conformité de l'ordre social à l'ordre cosmique.

 

 

 

Oui, l’initiation, sous différentes formes, a traversé les époques et les civilisations depuis les temps les plus reculés jusque Raoul Dautry, affirmions-nous au terme de notre précédente étape.

En cela, nous transposions sans difficulté à l’Histoire la réponse à la première des questions posées par Christian Jacq à propos de la civilisation égyptienne.

La même transposition de la réponse à la deuxième de ses questions en revanche, pose une difficulté particulière qui, à bien y regarder, nous éclairera peut-être sur la nature de la frontière ténue à laquelle nous nous sommes souvent heurtés dans nos investigations entre le Compagnonnage et la Franc-Maçonnerie.

« Quelle place ont occupé les confréries de bâtisseurs ? » interrogeait Christian Jacq à propos de l’Egypte ancienne dans sa quête des origines de la Franc-Maçonnerie.

Entre la première et la deuxième question, l’égyptologue romancier tire de fait entre initiation et bâtisseurs un lien direct par lequel il nous renvoie aux origines des confréries or la construction des communautés humaines a pris par la suite bien d’autres voies que celle des constructions de pierre.

De toute évidence, il nous faut nous pencher sur l’évolution même du concept de bâtisseur pour tenter de répondre à la deuxième question.

L’exemple des « mystères d’Eleusis » lui-même donne à penser que, l’ère des premières grandes constructions passée, l’initiation n’eut plus guère d’autre terrain d’expression que celui de la construction sociale.

Un millénaire plus tôt déjà, Pythagore avait ouvert cette perspective en prônant la conformité de l’ordre social à l’ordre cosmique.

L’ordre social n’étant rien d’autre que l’ordre institué dans la ville, elle-même érigée en conformité avec l’ordre cosmique rappelons-le, la position de Pythagore apparaît bien plus dès lors comme une extension logique du champ d’application de l’initiation que comme une transposition à un nouveau champ de substitution.

Reste que dans tous les cas de figure, les nobles desseins du mathématicien se sont trouvés cruellement contrariés par la terrible vague d’épuration qui frappa ses disciples, justement parce que cette perception de la construction sociale mettait en péril la légitimité des pouvoirs en place.

De cet épisode, on retiendra un enseignement majeur : l’évolution du concept même de bâtisseur est aussi étroitement liée à la nature du «  bâti » qu’aux réactions suscitées.

On ne s’étonnera pas dans ces conditions que les initiés ne puissent vivre en harmonie avec leur époque qu’aussi longtemps que le caractère opératif de leur initiation opère ailleurs que dans le champ de la politique. Sauf à la servir, ce qu’il adviendra sous l’influence de l’une des principales voies du Christianisme qui, en soi, constitue déjà une vraie révolution spirituelle.

Jesus.jpg« Pour la première fois, un chef spirituel offre la Connaissance à tous sans imposer le passage par un rituel initiatique » note Christian Jacq.

Dans les faits, les choses ne paraissent pas tout à fait aussi simples – ce dont convient l’égyptologue – puisque, considéré sous l’une ou l’autre de ses différentes formes, le Christianisme fait lui aussi appel à des rituels qui lui sont propres.

Il est incontestable en revanche que le passage d’une initiation vécue dans le secret du rituel à une initiation enseignée bouleverse la donne. Pour la première fois en effet, la médiation entre l’initié et l’initiation ne relève plus de la cohérence d’un rituel imperméable aux aspirations du moment mais de l’intervention, voire de l’interprétation, d’un tiers. Il en faudra un peu plus pour que l’initiation chrétienne soit délibérément instrumentalisée par des humains mais la voie est ouverte.

Christian Jacq y relève trois dates qui ont valeur de repères historiques.

D’abord celle de la signature par l’empereur Constantin de l’édit de Milan instituant en 313 de notre ère la liberté de culte ; dans les faits : la reconnaissance du Christianisme qui devient officiellement l’allié de l’Etat et commence à goûter à ce titre les joies de l’opulence.

Ensuite celle de l’avènement de l’empereur Julien, le propre neveu de Constantin, qui marque en 351 un net reflux du Christianisme au profit de l’initiation traditionnelle qu’il juge plus riche. Lui-même sera d’ailleurs initié au culte de Mithra vers 358 avant de périr cinq ans plus tard dans un affrontement contre les Perses qui sert assez bien au final la cause du Christianisme en difficulté.

La date enfin de l’exécution pour hérésie de l’évêque philosophe Priscillien, initiateur en 375 d’un recentrage sur le Christianisme originel délesté des fastes et des ambitions de la politique.

Il eut tout aussi bien pu y ajouter celle de la guerre délibérément déclarée aux cultes païens et par là, à celui de Mithra en particulier, à Rome à la fin du IVe siècle.

Il eut pu encore y ajouter l’exécution en 524 du philosophe Boèce victime d’un complot et dont on retiendra que «  la vraie noblesse est conférée par les ancêtres initiés. »

Nombreux sont les épisodes qui jalonnent la chute du Paganisme, nom donné, selon le Petit Larousse, par les Chrétiens des premiers siècles au polythéisme auquel les populations paysannes demeurèrent longtemps attachées.

Nous assistons en somme au déclin du culte de plusieurs divinités au profit du culte d’un Dieu unique et fédérateur. Du moins s’agit-il là de la synthèse dualiste de l’Histoire sommairement dégrossie qui sera transmise à des générations d’écoliers or la réalité, nous le verrons dans notre prochain billet, est autrement plus subtile.

Par Marc Delfolie - Publié dans : Carnet de voyage - Communauté : Picardie
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 16:41

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« La disposition générale de la Cité vue du ciel dessine des symboles qui nous sont chers. »

Ces propos prêtés à Raoul Dautry sollicitant de sa hiérarchie le feu vert à la construction de sa première cité cheminote à Tergnier émane d’un documentaire fiction qui, sous le titre Il était une fois le train, inaugurera lundi 19 mars une série de cinq films consacrés par la chaîne Planète + à la fabuleuse aventure du chemin de fer.

En optant pour la formule du documentaire fiction, l’agence Galaxie Presse à laquelle la chaîne thématique de Canal + a confié la production de cette série documentaire prend délibérément le parti de « bousculer les codes du documentaire télévisuel. »

Il ne s’agit pas tant en l’occurrence de raconter l’histoire du chemin de fer que de la faire vivre à travers celles et ceux dont elle bouleversa l’existence au fil des deux derniers siècles.

En l’espace de quatre-vingt-dix minutes rythmées par la lecture de courriers réels ou fictifs mais toujours révélateurs de l’état d’esprit d’une époque, le spectateur vit une formidable aventure humaine et technologique au fil des pages écrites à la façon d’un carnet de voyage.

De Victor Hugo qui se dit en 1837 « réconcilié avec le chemin de fer »jusqu’aux phénoménaux succès du train à grande vitesse, en passant par l’anarchique prolifération des compagnies privées, les grèves de 1910 et la reconnaissance de la fonction structurante du rail après la première guerre mondiale, la naissance de la SNCF en 1938, les bouleversements technologiques de la traction électrique ou encore la jonction franco-anglaise opérée sous la Manche, ce voyage dans le temps conte à travers une multitude de petites histoires la grande Histoire du rail et par là du monde moderne.

« Il y a du rêve dans ces rails; le train n’est pas qu’un moyen de transport. Il a changé nos vies »souligne une voix off à laquelle l’enthousiasme d’Olivier Stroh, directeur des chaînes thématique du groupe Canal +, donne un relief particulier.

« Le chemin de fer est une formidable aventure humaine » prévient-il. « Avant le chemin de fer, nous vivions un autre monde dans lequel il fallait plusieurs semaines pour traverser la France. Le chemin de fer a redessiné le paysage de notre pays en même temps que nos vies. »

Une véritable révolution du temps et de l’espace dont les équipes de Galaxie Presse reconstituent les étapes et les contours à grand renfort d’archives et de documents d’époque, d’analyses d’experts mais aussi de témoignages, tels ceux recueillis dans la cité modèle de Tergnier l’été dernier sous la direction de la réalisatrice Sigrid Clément.

Au terme d’une année de travail, la diffusion lundi du documentaire fiction intitulé Il était une fois le trainplantera le décor général de quatre autres documentaires de cinquante-deux minutes à suivre, toujours su Planète +, les 22 et 29 mars sur les thèmes de la construction du réseau ferré, de l’avènement des Cheminots, de la révolution technologique permanente et de l’ouverture au voyage.

Attention à la fermeture des portes…

 

 

À découvrir sur Planète + :

 

Il était une fois le train : lundi 19 mars à 20h40.

Des trains et des hommes :jeudi 22 mars à 20h40.

Des trains et des machines :jeudi 22 mars à 21h30.

Des trains et des voyageurs :jeudi 29 mars à 20h40.

Des trains et des rails : jeudi 29 mars à 21h30.

 

 

Entretien avec Sigrid Clément, réalisatrice

 

 Lorsque vous êtes venue tourner l’été dans la cité des cheminots de Tergnier, saviez-vous qu’elle avait été en son temps le prototype du modèle urbain et social que Raoul Dautry a ensuite reproduit en trente-deux exemplaires sur le réseau du Nord?

 

Sigrid Clément : Oui. Nous savions surtout que Raoul Dautry avait mûri et défendu une conception très particulière de la cité ouvrière. En investissant sur le bien être des Cheminots, il a su, certes, faire fructifier les intérêts de la Compagnie du Nord mais sa démarche était réellement empreinte d’une philosophie que nous ne pouvions pas développer de façon détaillée dans le cadre de notre travail. C’est pourquoi nous lui avons prêté ce propos évocateur des symboles qui structurent sa cité pilote.

 

Quel souvenir conservez-vous de votre journée de tournage à Tergnier?

 

Sigrid Clément : Nous avons été frappés par l’ouverture des habitants de la cité sur leur environnement et sur leurs concitoyens. Nous nous laissions guider par Daniel Druart et la conversation s’engageait spontanément, comme si tout le monde se connaissait.

 

Avez-vous perçu un attachement particulier des habitants à cette cité?

 

Sigrid Clément : Oui. La meilleure preuve est que certains achètent la maison qu’ils occupaient en tant que locataire. Leur attachement est même très fort. Dans leurs propos se dessine un sens profond du Cheminot, qu’ils ne confondent pas avec l’agent SNCF.

 

Avez-vous tourné dans d’autres cités cheminotes?

 

Sigrid Clément : oui. Dans une cité de l’ancien réseau Paris-Lyon-Méditerranée notamment où nous avons rencontré Lucette Galifet; une véritable encyclopédie vivante que nous entendront dans Des trains et des hommes.

En elle comme partout où nous avons rencontré des Cheminots en France, se dégage la nostalgie d’une époque marquée par un sens profond de la solidarité.

 

Connaissiez-vous l’univers Cheminot avant de l’aborder sous l’angle de la réalisatrice?

 

Sigrid Clément : Absolument pas. Il nous a fallu l’explorer; il nous a aussi fallu intégrer son langage particulier. Au début, nous ne comprenions rien. Et puis très vite, leurs sigles et leurs acronymes sont devenus un petit jeu entre nous.

…Sourire amusé de Jerôme Cesla, réalisateur : A ce jeu, Sigrid était la plus forte.

 

Quel souvenir conserverez-vous au final de cette année de travail sur l’univers du rail?

 

Sigrid Clément : J’ai découvert un autre monde; l’envers d’un décor auquel on ne prête pas attention d’ordinaire : des hommes, des techniques, une organisation phénoménale… Je sais que je ne prendrai plus jamais le train de la même manière.

 

Par Marc Delfolie - Publié dans : Actualité - Communauté : Picardie
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Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 00:00

Lundi 13 février 2012 : Citemodele a aujourd’hui deux ans.

Deux ans pour 10000 visiteurs et un peu plus de 32 000 pages consultées : on ne peut guère parler de phénomène d’audience mais nos motifs de satisfactions sont ailleurs ; dans le chemin parcouru.

Sur le terrain de ses visites guidées, Daniel Druart pense «  avoir fait le tour des visiteurs du cru », mus par une curiosité qui se nourrit du bouche-à-oreille agrémenté d’une pointe de nostalgie.

Ses visiteurs viennent de plus en plus loin. De l’Oise, de la région parisienne – il en accueillera un car complet le printemps prochain encore-.

Ils viennent parfois de plus loin encore ; du sud de la France notamment. « Ce sont généralement des gens qui ont entendu parler de notre travail sur la Cité de Tergnier dans Esprit de Picardie. Lorsqu’ils ont l’occasion de remonter au Nord, ils font un crochet par Tergnier » explique t-il.

Esprit de Picardie, l’office du tourisme, le bulletin municipal, la Vie du rail, l’Union, le Courrier Picard, l’Aisne Nouvelle… La liste des partenaires occasionnels de la diffusion des fruits de notre travail s’allonge et nous attendons avec impatience la diffusion du documentaire sur lequel travaille depuis l’été dernier l’agence de presse télévisée Galaxie-Presse, fournisseur de contenus pour le compte des plus grandes chaînes (France Télévision, Arte, LCP, TF1…)

Mais la toile qui, patiemment, est tissée autour de la Cité de Raoul Dautry met aussi en scène des groupes de visiteurs généralement plus restreints, aux oreilles desquels l’accent maçonnique ne résonne manifestement pas comme un langage étranger.

Ceux-là viennent voir sur le terrain ce qu’ils approchent sur la toile informatique.

Les statistiques de Citémodele sont formelles : plus de 60% des visiteurs y viennent de leur propre chef, guidés par la frappe d’un mot clef qui ne laisse planer aucun doute quant à leurs motivations. Ainsi trouve t-on parmi les billets les plus consultés au cours de la dernière semaine des sujets traités voici plus d’un an sur la complémentarité de la perpendiculaire et du niveau, sur l’assimilation du plan de la Cité à un diagramme social ou encore sur l’empreinte d’un langage universel.

Ceux-là viennent jauger notre travail autant que nos intentions, pas très éloignées des leurs au final. Sur le terrain, ils viennent voir jusqu’où ont pu cohabiter spiritualité et matérialisme ; jusqu’où la spiritualité a pu étayer le matérialisme ; jusqu’où l’esprit et l’économie on pu ne faire qu’un.

Bien plus que  notre courbe d’audience, c’est la profondeur de ce questionnement que nous voulions mettre en exergue. C’est l’imprégnation d’une région et d’une population par l’action d’un homme que nous voulions mettre en évidence avant que sa trace ne s’estompe, recouverte à grand renfort de réformes et de chantiers de modernisation du rail, de crises de valeurs et de replis idéologiques.

Nous voulions rappeler qu’ici, il n’y a pas si longtemps, des hommes auxquels on confia la difficile et rigoureuse mission d’irriguer le territoire trouvèrent dans l’amour du travail bien fait une fierté qui fit d’eux des individus heureux à défaut d’être riches, solidaires à défaut d’être semblables et loyaux à défaut d’être dévots.

Dans un contexte qui érige la "valeur travail" en principe intangible sur lequel vient néanmoins se fracasser le sort réservé aux travailleurs, l’exercice n’a rien d’un sursaut de nostalgie.

Il consiste à interroger le passé pour tenter de comprendre pourquoi ceux qui se réclament aujourd’hui de ces valeurs et de ces principes prêchent, sciemment ou inconsciemment, dans le désert.

Il consiste à comprendre comment et dans quelles conditions une ville champignon a pu être cimentée par des liens aussi simples voire désuets que le travail, l’économie familiale, l’accès aux loisirs et la solidarité.  A comprendre pourquoi cette ville dans la ville a pu être le terreau d’une sérénité sociale qui a successivement traversé la crise des années trente, la guerre, les trente glorieuses, mai 68, la première crise pétrolière et le replis individualiste des années quatre-vingt pour ne commencer à vaciller qu'au début du troisième millénaire.

Alors que l’actualité nous commande de nous demander lequel nous manque le plus de l’écran plat dernier cri acheté à crédit ou du concert gratuit donné depuis un kiosque érigé dans un écrin de verdure, c’est au fond sur nous-mêmes et sur notre époque que nous invite à réfléchir le miroir de Raoul Dautry.

Bien d’autres découvertes encore nous attendent dans l’exploration de ce miroir qui s’ouvre comme une fenêtre sur l’actualité d’un passé pas si lointain ; sur l’évolution de la conception du travail, sur les rêves d’horizons nouveaux que fit naître le train en relativisant la notion de distance comme aujourd’hui l’ordinateur ; sur la transposition à d’autres villes par Raoul Dautry, de sa Cité modèle de Tergnier… Le voyage continue.

 

Par Marc Delfolie - Publié dans : En marge du circuit - Communauté : Picardie
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 11:04

 

Suivre le cheminement jusque Raoul Dautry de la sacralisation de l’action par l’initiation de l’acteur revient à en identifier l’origine pour en suivre la progression à travers les époques et les civilisations.

Encore faut-il s’entendre sur le terme même d’origine car - nous le découvrions dans un précédent billet à travers les propos d’Alain Pozarnick – les sépultures néandertaliennes présentent déjà 20 000 ans avant notre ère pour les plus récentes, des traces tangibles de rituel.

Quant à l’égyptologue Christian Jacq qui s’appuie sur les récents progrès de l’égyptologie pour «  reprendre » et « compléter » le dossier ouvert par les contemporains de Mozart sur «  les origines égyptiennes de la Franc-Maçonnerie », il parle volontiers de «  premier apogée de l’époque dite opérative » mais se garde bien d’affirmer que tout a commencé avec l’Egypte ancienne si tri millénaire soit-elle.

Tout juste fait-il appel, rappelons-le, à un questionnement objectif pour en déduire que l’Egypte fut bien, dans une époque très reculée, le berceau d’un Ordre initiatique.

« Existait-il des initiations en Egypte ? » « Quelle place occupaient les constructeurs dans sa civilisation ? » « Connaît-on avec précision une confrérie de bâtisseurs ? » interroge t-il selon un schéma qui confine à la méthodologie.

Or la méthodologie ayant par définition une portée générale, celle-ci nous permet en toute logique d’envisager notre traversée de l’Histoire selon trois axes d’investigation.

 

De part et d'autres de la Méditerranée

 

Dans un premier temps pour le moins, la transposition sur un plan historique plus général de la première question posée par Christian Jacq à propos de l’existence d’initiation la civilisation égyptienne nous conduit à ne pas écarter de nos recherches des civilisations plus anciennes encore que celle de l’Egypte ancienne.

Revenons en effet aux propos d’Alain Pozarnick. Les Néandertaliens, nous dit-il, «  étaient les premiers à enterrer leurs morts dans des espèces de ventres de la Terre ; des tumulus. Ils mettaient leurs morts en position fœtale orientés vers la sortie du tumulus, comme s’il allait renaître quelque chose ; ou comme si quelque chose d’eux-mêmes allait renaître et poursuivre leur vie. »

Il semble bien que l’Homme de Neandertal témoigne déjà, donc, d’une volonté de ne pas rompre, par delà-la mort, le lien qui l’unit à l’ordre naturel des choses. Or nous l’avons vu à propos du rituel de construction des villes romaines, c’est de cet ordre naturel des choses - l’ordre cosmique qui englobe l’univers dans sa totalité depuis le visible jusque l’invisible- que les contemporains de Romus et Romulus attendaient un signe approbateur avant d’ouvrir le chantier.

l-histoire-decembre-11-etrusquesEux-mêmes, dit-on, se seraient largement inspirés dans l’édification de Rome de l’art, de la culture et du rituel des Etrusques, un peuple à l’origine controversée qui prospère au VIIIe siècle avant notre ère sur la côte méditerranéenne de l’Italie, en Toscane.

Cette prospérité étrusque – cela n’aura échappé à personne –coïncide avec le déclin de l’ancienne Egypte pharaonique dont l’art, essentiellement funéraire, célèbre le passage de l’individu à l’éternité, dans l’immuable ordre cosmique là encore.

C’est ce culte de l’ordre cosmique scellant l’humilité du genre humain devant l’univers que Christian Jacq suit à travers les civilisations dans sa quête des «  origines » de la Franc-Maçonnerie.

Les textes de l’Egypte ancienne décryptés grâce aux progrès de l’égyptologie, explique t-il, «  répétaient inlassablement qu’il nous faut échapper à la seconde ort ; celle de l’âme. »

C’est là l’enjeu des «  mystères » célébrés dans le «  secret des temples » selon un rituel qui, à bien des égards souligne t-il, présente des similitudes avec celui de l’initiation maçonnique.

Christian Jacq est formel : de nombreux documents attestent de la pratique de l’initiation dans l’Egypte ancienne. Il en cite pour exemple significatif une stèle du British Muséum décrivant la nuit de méditation d’un homme sur le parvis du temple des Deux Lions avant son admission aux épreuves. Exemple dont il souligne la similitude avec l’épreuve du cabinet de réflexion dans laquelle le candidat à la Franc-Maçonnerie est préalablement invité à méditer sur sa condition de mortel.

 

Le prototype pythagoricien

 

Cette célébration des «  mystères », Christian Jacq en relève également une trace postérieure à l’Egypte antique dans la civilisation grecque.

Il évoque notamment Eleusis, une cité de plus de 20 000 habitants où l’on célébrait, à quelques kilomètres au Nord-Ouest d’Athènes, le culte de Démeter, déesse de la fertilité incarnant la Terre nourricière.

Imperméable au christianisme naissant, cette cité aurait initié les plus illustres penseurs et savant grecs jusqu’au Ve siècle après Jésus-Christ marqué, pour ce qui la concerne, par la fermeture de ses «  écoles de mystères » et par l’éparpillement de ses initiés dans l’actuelle Europe occidentale.

Là encore, il relève des similitudes marquantes entre le rituel des cérémonies d’Eleusis et l’actuel rituel maçonnique : purification par les quatre éléments ( l’eau, la terre, l’air et le feu), méditation préalable à l’initiation…

Pythagore1S’il fallait citer une trace plus tangible encore de la continuité spirituelle qui s’opère entre l’Egypte ancienne et la civilisation grecque, ce serait néanmoins sans la moindre hésitation celle laissée par Pythagore (ci-contre)  dont l’enseignement de la géométrie et la science des nombres permettra plus tard aux confréries de bâtisseurs d’ériger les plus splendides édifices du Moyen-Age.

Prototype, selon Christian Jacq, de «  l’homme complet capable d’harmoniser le physique et le spirituel », Pythagore en effet, fut lui-même initié au VI e siècle avant notre ère dans les temples égyptiens où il étudia la géométrie et l’astronomie.

A ses disciples, il aurait appris «  la contemplation des rythmes de l’univers » et leur aurait demandé «  de parler un langage aussi pur que le chant du cosmos. »

On retrouve là encore la référence absolue à l’univers et au cosmos.

On trouve aussi chez lui l’empreinte d’une forme d’humilité du genre humain. Pythagore en effet, bien que personnage très influent de son époque, n’est représenté dans aucun temple et pour cause : il aurait purement et simplement interdit toute référence nominative à son enseignement. « Lorsque l’on se référait à ses paroles, on disait : il a dit » note Christian Jacq qui y voit une similitude avec la conception maçonnique du Maître caché selon laquelle l’initiation englobe les réalités à la fois visibles et invisibles. Il se réfère en cela au mythe du « Supérieur inconnu » qu’il développe dans son œuvre en quatre tomes consacrée à Mozart.

Quoi qu’il en soit, le prolongement de la spiritualité de l’Egypte ancienne dans la Grèce antique s’avère durable puisqu’entre Pythagore et la fin des «  mystères d’Eleusis » s’écoule un millénaire. Qui plus est un millénaire marqué par la naissance du Christianisme qui va durablement et profondément interférer sur la conception même de l’initiation.

Christian Jacq le rappelle à point nommé : le Christianisme en question ne s’est pas brutalement imposé en Occident du jour au lendemain.

Il est apparu et s’est épanoui dans un contexte historique simultanément marqué par la diversité des approches initiatiques et par leur coexistence.

 

Au confluent des courants initiatiques

 

Trois courants en particulier retiennent l’attention de l’égyptologue pour avoir nourri à divers degrés selon lui la Franc-Maçonnerie: celui des Esseniens, celui des Gnostiques et enfin celui des Thérapeutes.

Alors que les Esseniens affirmaient «  détenir le sens ésotérique de la Bible » dont le symbolisme alimentait leur approche de l’initiation, les Gnostiques se nourrissaient, eux, d’éléments puisés dans les registres égyptiens, grecs, babyloniens, juifs ou encore chrétiens. Une sorte de synthèse de la multiplicité des approches en quelque sorte.

Quant aux Thérapeutes, Christian Jacq en retient d’emblée la similitude de l’approche spirituelle avec celle prônée dix-huit siècles plus tard par le Chevalier de Ramsay exaltant les vertus des banquets où l’on cause de tout ce qui est susceptible «  d’éclairer l’esprit », de «  régler le cœur » et «  d’inspirer le goût du vrai, du bon et du beau » ; formule que nous retrouverons un peu plus loin au mot près dans la bouche de Raoul Dautry.

Contemporaines du Christ, ces trois communautés évoluent elles-mêmes dans un environnement spirituel ouvert dont témoigne la relative tolérance initiale de l’empire romain vis-à-vis des cultures antiques.

« Rome accueillit en son sein des tendances initiatiques qu’elle toléra à condition que les confréries se limitent à leurs travaux ésotériques et ne s’adonnent pas à la politique » précise Christian Jacq.

Tout est dit. On voit là se dessiner progressivement le sort des confréries de bâtisseurs.

Dans cette posture de tolérance encadrée par la politique, Rome pour autant, ne se déleste pas des préoccupations de l’esprit.

MithraAu confluent des grands courants initiatiques des civilisations antiques, elle creuse elle-même en Europe, un siècle avant Jésus-Christ, le lit du Mithraisme.

Ancien dieu iranien de la lumière, Mithra (représenté ci-contre sous la forme du soleil) doit essentiellement le développement de son culte dans toute la partie occidentale de l’Europe à la progression des légions romaines qui, semble t-il, le célébraient avec ardeur.

Des temples qui lui sont dédiés, Christian Jacq retient la similitude avec l’organisation spatiale des temples maçonniques. « Dans tous les cas, ils symbolisaient le cosmos » note t-il.

Il relève encore d’autres similitudes rituelles et structurelles : aménagement à l’intention du postulant, d’une salle d’attente évocatrice du cabinet de réflexion ; rémanence du nombre 7, « celui du Maître maçon »

« Lorsqu’un profane demandait son admission parmi les adeptes de Mithra, une subissait une longue pré-initiation où il recevait un premier enseignement portant principalement sur l’astrologie, les rapports de l’homme avec l’univers et les premiers rudiments de la langue des mystères » précise t-il.

Assurément, nous sommes toujours dans la même veine spirituelle.

 

Le métier source d'harmonie

 vitruve

Indépendamment du Mithraisme, l’égyptologue évoque d’autres traces encore de spiritualité dans la civilisation romaine. Celle laissée un siècle avant notre ère en particulier par l’architecte Vitruve ( dont on connait surtout l'universel Homme de Vitruve ci-contre) selon lequel «  l’esprit sans le travail ni le travail sans l’esprit ne rendirent jamais aucun ouvrier parfait. »

Bien avant Vitruve encore, il y a la trace laissée par le Grand Pontif Numa auquel on attribue la fondation, sept siècles avant Jésus-Christ, des corporations des charpentiers, des forgerons, des tanneurs et des musiciens, selon des règles sacrées qui confinent à la divinisation de l’homme par le métier.

Or c’est bien cette dimension sacrée du métier que nous retrouvons chez Jean-Pierre Bayard dans L’esprit du compagnonnage lorsque, à propos de la maîtrise du geste, il affirme qu’elle «  conduit à une discipline intérieure, donc à une prise de conscience » par laquelle chacun des hommes qui utilisent les mêmes outils « s’incorpore dans une vaste chaîne de la pensée. »

Et c’est dans cette source d’harmonie abreuvant le travail que Raoul Dautry trace le sillon des valeurs les plus sacrées à ses yeux lorsqu’il s’adresse le 7 janvier 1934 à la société industrielle de Saint-Quentin.

« Patrons et ouvriers », lance t-il à son auditoire, «  dites-vous chaque jour que, quoi que l’avenir réserve, chacun doit s’appliquer à son métier et à ses devoirs. C’est dans les conditions qui lui sont offertes que l’homme, en un point donné de l’histoire du monde, doit vivre. Sa noblesse est d’en réussir une ordonnance telle que son développement moral y puisse être assuré pour le beau et pour le bien. »

Cette brusque traversée de l’Histoire nous permet au passage de vérifier que nous sommes toujours bien au cœur de notre sujet. Elle nous permet aussi d’élargir au cours de l’Histoire la réponse à la première des questions posées par Christian Jacq à propos de la civilisation égyptienne : oui, l’initiation, sous différentes formes, a traversé les époques et les civilisations.

Quant à savoir quelles places ont occupé les confréries de bâtisseurs au fil de cette évolution, nous verrons dans notre prochain billet qu’elles furent largement dictées par les suites de la révolution spirituelle du Christianisme.

 

Par Marc Delfolie - Publié dans : Carnet de voyage - Communauté : Picardie
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L'histoire d'une Histoire

 

Vue aerienne

Ville-champignon érigée autour des rails, Tergnier est une ville que l'on croyait sans autre histoire que celle du chemin de fer et de ses destructions successives par les guerres jusqu'à ce que la curiosité de l'un de ses habitants mette à jour des richesses jusqu'alors insoupçonnées venues du fond des âges.

Sautez dans «  le train en marche » et partager cette formidable aventure humaine aux confins du compagnonnage et de la franc-maçonnerie, dans des registres où se côtoient les applications les plus modernes de la sociologie et les plus anciens rites de fondation des villes, la psychologie et l'économie, l'Histoire officielle et l'actualité d'un passé qui interroge le présent....

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